Chapitre 20 ▲ Partie 2 – Liia

Nous avons trouvé Krisey dans la même pièce où je me suis réveillée hier. Être ici me fait tout drôle. Zoran est resté dehors. Est-il encore à la porte à m’attendre ? J’ai expliqué à la guérisseuse que j’acceptais l’implant. Elle a eu la courtoisie de ne pas commenter et de ne poser aucune question mais son visage s’est éclairé. A croire qu’elle était soulagée. J’ai pu rester debout pendant qu’elle faisait glisser le dispositif sous ma peau, derrière mon oreille. Si j’ai senti qu’on m’insérait quelque chose, je n’ai pas eu mal.

« Tu vas percevoir une petite gêne mais ce n’est que momentané. Tu vas très vite t’adapter », m’assure Krisey.

Ce sont les premiers mots Eldiriens que je comprends. Ils sont désormais aussi clairs que le Neyri. Je dois avoir les yeux grands comme des soucoupes.

« Tu me comprends n’est-ce pas ?

-Oui, c’est …

-Déroutant au début, je sais, finit à ma place Krisey.

– C’est le mot juste.

-Tu vas très vite t’y faire, ne t’inquiète pas. Je suis contente que tu ais accepté l’implant de traduction, il facilite grandement les choses. Ne pas tout saisir est frustrant. L’appareil va te permettre de véritablement entrer dans notre monde au lieu de rester sur son seuil.

-Honnêtement je ne suis pas certaine de le vouloir.

-Tu as le temps, se trompe-t-elle.  Rien ne presse mais en attendant que tu te décides à vraiment nous rejoindre, tu pourras au moins mieux saisir ce qui se passe autour de toi. Je me souviens avant d’avoir l’implant, j’avais la sensation d’être une imbécile qui n’arrivait pas à appréhender les choses. C’était comme ci j’étais passive, incapable de participer à mon environnement. Et crois-moi, ce n’est vraiment pas dans ma nature de subir sans comprendre.

-Tu as eu aussi besoin d’un implant ?  Demandé-je étonnée.

-Je ne suis pas originaire d’Irvar et mon peuple a son propre langage.

-Comment s’appelle ta tribu ? »

Je suis vraiment curieuse de connaître son histoire.

« Les Sirt.

-Pourquoi es-tu venue à Irvar ?

-Pour étudier la médecine. J’ai toujours su que c’était ce que je voulais faire. Une fois nos diplômes obtenus, nous avons beaucoup voyagé avec Erlon. Lui est d’ici, il n’avait pas vraiment envie de bouger mais il a vu que c’était une chose qui me tenait à cœur. Nous avons apporté notre aide sur tout Eldir, ça nous a permis de découvrir la planète entière. Puis quand j’ai été enceinte de notre premier enfant nous avons décidé de nous établir à la capitale pour offrir une vie plus stable à notre fils.

-Retournes-tu chez toi ?

-Souvent.

-Est-ce loin ?

-Assez. Plusieurs heures de voyage sont nécessaires.

-Alors ce n’est pas si éloigné. »

Je commence à penser qu’un voyage est long quand il nécessite plus d’une journée de marche, quelques heures restent raisonnables, voire journalières chez moi.

« Tu verras que nous utilisons des transporteurs pour voyager. Ils nous permettent d’avancer très vite, bien plus que si nous étions à pied. Alors plusieurs heures en transporteur couvrent une longue distance. Ce serait peut-être l’équivalent de trois jours de marche sur Neyri.

-Vous êtes doués pour construire des choses qui n’ont aucun sens pour moi.

-Nous nous y efforçons, sourit-elle. Je suis contente que tu sois venue me voir. Ma porte est toujours ouverte. Si tu as des questions, sens-toi libre de me les poser.

-Merci Krisey. Je dois te donner une chose pour te remercier, pour hier.

-Je sais, je connais vos coutumes. »

Comme je n’ai rien sur moi, j’attrape une paire de ciseaux pour me couper une fine mèche de cheveux au niveau de ma nuque. Après l’avoir tressée je l’offre à Krisey. Au même instant, la porte de l’espace médical s’ouvre à la volée pour faire apparaître Vili à l’entrée. Rapide, mon amie vient se placer à mes côtés en laissant la porte ouverte. J’aperçois Zoran adossé au mur en face. Il se tient exactement là où était Yulian hier. J’ai envie de lui crier de s’en aller. Son job c’est de seconder son chef, pas moi.

« Je t’ai cherchée partout ! dit-elle en posant sa petite main chaude sur mon épaule.

-J’avais besoin de temps pour moi.

-Je comprends. Simen va régler le problème avec ta tante. Il était très en colère contre Archo.

-Le fait qu’il s’agace du comportement d’Archo ne veut rien dire à mon avis. Il est toujours agité. »

L’ai-je déjà vu tranquille ?

« Pas du tout, il est plutôt calme d’habitude. Un chouia borné et bordélique avec ça mais généralement peu de gens s’en rendent compte. »

Plutôt calme ? Elle plaisante forcément.

« Notre Varhé bordélique, s’amuse Krisey.

-Je nierai si tu dis quoi que ce soit,  blague Vili.

-Mes lèvres sont scellées. »

Après nous avoir observées quelques secondes Krisey et moi, Vili demande comme si elle venait tout juste de se rendre compte de l’endroit où nous sommes :

« Que tu fais ici ?

-J’ai demandé à Krisey de me mettre leur truc qui permet de comprendre toutes les langues.

-C’est une bonne chose.

-Oui, acquiesce la guérisseuse.

-S’il-te-plaît Vili n’y vois pas le signe que je vais rester. Je vais d’ailleurs demander à Simen de rentrer. »

Il est temps que j’annonce ma décision. Mon amie se décompose.

« Mais, déjà ? Tu viens d’arriver !

-Et il me tarde de retrouver les miens. Ma place n’est pas ici. Pense à ma sœur, à ma famille. Ils ne savent même pas si je suis en vie ou non. Ils ignorent où je suis, avec qui. Pour eux, les Eldiriens ne sont encore que des Sans Nom.»

Vili m’enlace la taille et nous nous serrons fort. Je reçois ses larmes dans mon cou.

«Ne pleure pas Vili.

-J’aurais voulu te garder auprès de moi plus longtemps, c’est tout. Je suis triste de savoir que demain ou après-demain tu ne seras plus avec moi. Les tiens sont chanceux de pouvoir te garder.

-Tu n’es pas prête de sortir de mon cœur. Sans toi je n’aurais pas survécu à la journée d’hier. Sèche tes larmes s’il-te-plaît.

-Ne t’en fais pas pour ça, rit-elle en se reculant pour me regarder. Je suis une vraie fontaine depuis que j’ai des petits pieds qui poussent.

-Vili, tu es enceinte ? »  S’étonne Krisey.

Mon amie fait signe de la tête.

« Par la déesse, quelle merveilleuse nouvelle ! Pourquoi tu n’es pas venue me voir plus tôt ? Nous aurions pu vérifier que tout se passe bien.

-J’attendais de faire le Npob.

Npob ?

-C’est le rituel que l’on effectue chez nous pour protéger le bébé et la future maman. » Clarifié-je, enfin heureuse d’être celle qui peut apporter des explications.

« Dans ce cas, je suis très heureuse que tu ais pu le faire ici Vili.

-Merci Krisey. Si tu pars, me questionne mon amie en se retournant vers moi, pourquoi l’implant ?

-Pour déchiffrer les mots des Creux si j’étais amenée à les recroiser. »

Perspective qui me fait frémir.

« Oh, bafouille Vili.  Franchement si tu pouvais éviter, je préfèrerais.

-Moi aussi », renchérit Krisey.

Et je partage leur avis.

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