Chapitre 20 ▲ Partie 1 – Liia

Evidemment, après avoir quitté le réfectoire, je me suis perdue. Impossible d’avoir un quelconque sens de l’orientation ici. Alors que je pensais me rapprocher de la chambre de Vili, je suis en fait dans une partie d’Irvar que je ne connais pas du tout. Si la plupart des personnes que je croise ne me prête pas plus d’attention qu’hier, certaines m’observent avec un peu trop d’insistance. Elles devaient être au réfectoire ou en ont en entendu parler. L’esclandre qui a emmaillé le petit déjeuner ne pouvait pas passer totalement inaperçu. C’est évident. Combien de personnes savent dorénavant le nom d’Ombel ? Je prie l’Esprit Père pour que ce soit le moins possible.

Je prends la décision de prioriser les choses. L’image dans son ensemble est trop imposante pour que je puisse la dompter. Une chose après l’autre. D’abord l’implant, histoire de retrouver un peu de contrôle, une prise sur ce qui se passe autour de moi. Je me demande si le fait d’accepter l’implant fait de moi une traître envers l’Esprit Père ? Vouloir savoir est-ce de l’infidélité ? Ensuite, rejoindre Vili et Yulian. Je veux sortir, je dois m’échapper – plus au sens littéral du terme – mais il me faut prendre un bon bol d’air frais. Et enfin, rentrer chez moi. Avant ça, je reverrai Simen pour lui demander de partager les informations qu’il possède sur les Creux. Ce sera peut-être compliqué, c’est le genre de données que l’on ne partage pas avec n’importe qui. Il faudrait que nous soyons alliés pour ça et on ne peut pas dire que ce soit exactement le cas. De toute façon tout est difficile depuis hier. Je commence à savoir gérer les situations délicates, les évènements m’y forcent.

Mais avant tout ça, il va me falloir réussir à m’extraire des zigzags sans fin de leur fichu village. Je marche encore, me persuadant qu’Irvar va finir par me recracher à un endroit que je connais.

Face à moi, un Eldirien attire mon regard. Il est plus petit que les autres, n’a aucun cheveu, ni poil, ni même de sourcils. Alors que je n’ai jamais vu aucun homme ici avec du maquillage, lui a sur ses joues dessinés des traits violets qui partent des tempes vers la commissure de sa bouche. Un gros point mauve est tracé sous sa lèvre inférieure. Il porte une lourde veste noire à grand col en tube qui lui allonge considérablement le cou. C’est le premier Eldirien que je vois porter cette couleur. A y réfléchir, je crois n’avoir jamais vu du noir ici. Son pantalon s’arrête avant les chevilles, de fait, je peux voir qu’il est pieds nus. Mais sa démarche calme claque tout de même durement sur le sol. A ses côtés se trouve une Neyri à l’allure studieuse et heureuse. Petite, cheveux longs et châtains, lâchés en cascade dans son dos. Ils sont en grande discussion. Elle semble pendue aux mots de l’Eldirien. Je me colle contre la paroi du couloir pour laisser passer le couple et si la Neyri me jette un bref coup d’œil, l’Eldirien, lui ne m’accorde pas le moindre intérêt.

« Perdue ? »

La question me fait sursauter. Elle a été posée par un homme que je reconnais. C’est celui qui suit en permanence Simen, Zoran. Je ne comprends pas ce qu’il fait là. J’ai l’impression que notre rencontre n’est pas fortuite, c’est le genre qui paraît être toujours là où il le souhaite.

« Depuis hier, oui », répliqué-je.

Il ne goûte pas la plaisanterie et reste de marbre face à ma petite réplique. Je crois qu’il cherche quoi répondre, son vocabulaire Neyri doit être succinct.

« Où ? »  Finit-il par me dire.

Je fronce les sourcils.

«  quoi ?

-Où, aller toi?

-Ah, je cherchais Vili. »

Il montre de la tête la direction opposée à celle que j’avais empruntée et j’ai honte de me montrer aussi gourde ici.

« En fait, finalement, je voudrais aller voir … je cherche le bon prénom,  Krisey. »

Pour le coup il a l’air vraiment embêté et se met à m’inspecter pas du tout discrètement.

« Blessée ?

-Depuis hier, oui, répété-je, mais je crains que votre guérisseuse ne puisse rien pour moi. »

Il se met à baragouiner, mécontent et d’un mouvement m’indique de le suivre avant de presser le pas. Je ne vois plus que son large dos.

« Blessée ?  Répète-t-il sans se retourner.

-Non, je voudrais la voir, c’est tout », décidé-je de le tranquilliser.

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